En Quoi la Biodiversité Nous Est- Elle Utile ?

« Il est habituel de répondre à cette question par l’énumération de ce que l’on appelle désormais les “services écosystémiques” – c’est-à-dire les services que les écosystèmes, et plus généralement la nature, rendent à l’homme. Ainsi, le bon fonctionnement des écosystèmes régit-il aussi bien la pêche que l’agriculture, ou encore le stockage naturel du carbone, la dégradation des déchets humains, la protection contre l’érosion… L’industrie, notamment pharmaceutique, puise par ailleurs largement dans le vivant pour ses innovations.

Dan-McKay-via-FlickrA l’heure où les espèces disparaissent à grands pas, pour cause d’activités humaines, la préservation de la biodiversité est devenue une priorité

Faudra-t-il un jour aller au musée pour voir la richesse de la nature ? A l’heure où les espèces disparaissent à grands pas, pour cause d’activités humaines, la préservation de la biodiversité est devenue une priorité

Mais cette énumération ne répond qu’en partie à la question.

Car la biodiversité, c’est la “diversité” du vivant. Or, il est beaucoup plus difficile de démontrer que la diversité elle-même (issue de millions d’années d’évolution dans un environnement fluctuant) est utile aux services écosystémiques – autrement dit, qu’un écosystème diversifié rend plus de services à l’homme qu’un autre moins varié.

Biodiversité égale productivité ?

Prenons l’exemple d’une forêt : elle fournit du bois (matériau et énergie) ; elle maintient le sol, évitant ainsi les dégâts de l’érosion ; elle stocke du carbone, ce qui stabilise le climat ; elle filtre l’eau, ce qui accroît sa qualité, etc. Mais en quoi est-il utile à l’homme que cette forêt soit diversifiée ?

Une plantation de peupliers issus d’un clone unique, qui est donc un milieu dont la diversité génétique est quasi nulle, parvient à rendre, à peu de chose près, tous les services ci-dessus. Pourtant, les spécialistes des écosystèmes se sont longtemps efforcés de démontrer que les écosystèmes diversifiés étaient plus productifs. Selon eux, la biodiversité accroît la quantité de matière vivante produite au mètre carré.

Il faudrait des expériences très longues

Toutefois, si plusieurs travaux accréditent cette hypothèse, la démonstration se heurte à de nom­breuses difficultés pratiques et ne convainc pas tout le monde. Les seuls écosystèmes qui se prêtent à l’expérimentation sont des mésocosmes, c’est-à-dire de petits milieux de quelques dizaines de mètres carrés, précisément contrôlables.

Est-il légitime de généraliser des résultats obtenus sur de tels échantillons ? Un écosystème véritable, avec ses échanges d’espèces et de matière sur de longues distances, obéit nécessairement à des lois un peu différentes. En outre, un écosystème peut se montrer productif quelques années, puis péricliter… Il faudrait donc, en principe, des expériences très longues, lesquelles ont rarement été menées.

Une meilleure résistance aux perturbations

Finalement, la défense de la biodiversité s’appuie sur une autre idée : celle de la résilience des écosystèmes, expression qui caractérise leur capacité à retrouver leur état initial après une perturbation. Logique : les écosystèmes où plusieurs espèces remplissent les mêmes fonctions sont plus stables que les autres. De ce point de vue, la biodiversité constitue donc “une forme d’assurance quant au fonctionnement à long terme des écosystèmes”, pour reprendre l’ex­pression de Christian Lévêque, directeur de recherches à l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

Or, le développement humain engendre et continuera à générer des perturbations importantes : introduction d’espèces, bouleversements climatiques, pollutions, fragmentation… Toutes perturbations auxquelles il est dans notre intérêt que la nature résiste. La monoculture de peupliers, par exemple, est bien plus vulnérable qu’une forêt mélangée, face au risque d’une baisse de la ressource en eau ou de l’apparition d’un nouveau ravageur.

Un droit à l’existence

On peut donc voir la défense de la biodiversité comme une protection – relative – contre les chocs toujours plus brutaux que nous infligeons à la biosphère… Sachant, pour finir, qu’un autre débat – plus philosophique celui-là – est de savoir si seules les choses utiles méritent notre protection. Il n’est en effet pas absurde, à l’heure où les capacités de destruction de l’humanité croissent de manière exponentielle, d’estimer que le vivant aurait un “droit” à l’existence en soi – simplement parce qu’il est là et que nous en sommes issus. »


Source:
http://www.science-et-vie.com/2015/10/en-quoi-la-biodiversite-nous-est-elle-utile%E2%80%89/

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