Docteurs Recherchent Emplois en Entreprise

« Selon une enquête 2015 sur l’insertion des docteurs en Ile-de-France, neuf sur dix ont trouvé un poste, trois ans après avoir soutenu leur thèse. Pourtant, les jeunes docteurs semblent encore inquiets pour leur avenir. Manque de reconnaissance ? Manque de formation au monde de l’entreprise ? EducPros s’est rendu, vendredi 16 octobre au PhD Talent Career Fair, un forum dédié à l’emploi des thésards, organisé à la Cité internationale de Paris.
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« Je suis venu voir s’il y avait du boulot ! Je suis ouvert à toutes les opportunités, publiques ou privées », explique Adrian Zambrano, originaire du Mexique et doctorant en physique à l’université Paris-Sud. Au PhD Talent Career Fair, un forum de recrutement dédié aux docteurs coorganisé par sept Comues, c’est l’heure de pointe.

Alors qu’au même moment une manifestation bat le pavé pour l’emploi scientifique et contre l’austérité, 1.500 docteurs et doctorants déambulent entre les stands et les ateliers qui leur sont consacrés. Pas moins de 62 entreprises sont également présentes (L’Oréal, Air Liquide, BlablaCar…).

Une image encore poussiéreuse

Pourtant, le bac + 8 en France souffre encore d’une image poussiéreuse. « J’étais choqué à mon arrivée ! témoigne Adrian Zambrano, qui a effectué une grande partie de ses études aux Etats-Unis. J‘ai reçu une très bonne formation, mais nous ne sommes pas reconnus. Les salaires des chercheurs sont bien meilleurs au Mexique ! »

Le doctorat français est loin d’obtenir la même considération qu’à l’étranger. Philippe Bergonzo, directeur de thèse à l’institut CEA Institute List (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives) le confirme : « A l’étranger, lorsque vous êtes docteur, c’est écrit sur votre passeport ! »

Selon Jean-Yves Mérindol, président de l’université Sorbonne Paris Cité, « le doctorat véhicule un certain nombre de stéréotypes, comme celui de ne pas donner accès au marché du travail. Pourtant, une partie des employeurs s’intéressent aux docteurs. Les docteurs vont aussi chercher du travail dans les activités privées, et pas toujours par défaut. »

La recherche publique, une voie naturelle

Promouvoir l’insertion des diplômés dans le secteur privé, c’est justement l’objectif de ce salon de l’emploi pour thésards. Et des candidats se bousculent aux stands des différents recruteurs. Iront-ils au-delà de la simple curiosité ? À la fin de leur thèse, les doctorants semblent encore chercher en priorité du travail dans la recherche publique. « Pour moi, elle reste le débouché naturel, témoigne Gwenaëlle Janty, docteur en géographie à Paris 7. Même s’il n’y a pas de postes, on tente quand même notre chance. »

Gwenaëlle Janty a soutenu sa thèse en novembre 2014 et cherche du travail depuis janvier dernier. Elle a dépensé beaucoup d’énergie à postuler à des postes de maîtres de conférences jusqu’au mois de juin. En vain. « J’entends souvent dire que les jeunes docteurs enchaînent les contrats précaires, mais je n’ai même pas réussi à en signer un ! Dans notre fac, il y avait par exemple un poste d’Ater ouvert pour quatre doctorants dans ma spécialité. »

Selon l’enquête insertion 2015 de l’Adoc Talent Management, présentée en exclusivité lors du PhD Talent Career Fair, 39% des docteurs sont employés dans le secteur de l’enseignement supérieur et de la recherche, 46 % dans le privé et 15 % dans le secteur public hors ESR.

39 % des docteurs sont employés dans le secteur de l’enseignement supérieur et de la recherche, 46 % dans le privé et 15 % dans le secteur public hors ESR.

Une place dans le privé

Opter pour le privé, les doctorants ne sont pas contre, a priori. Si Adrian Zambrano confesse n’avoir jamais travaillé dans une entreprise, Charlotte Urion, elle, est en CDD dans une start-up espagnole, spécialisée dans les levures, son sujet de thèse en biologie. « Dans le privé, c’est encore un peu compliqué, affirme-t-elle. Les entreprises ne nous connaissent pas, elles ne savent pas vraiment ce dont nous sommes capables. »

L’âge moyen du premier emploi pour les docteurs est de 33 ans et demi. Selon elle, « enchaîner les post-doc et arriver à 35 ans sans contrat fixe, ce n’est pas très valorisant ». Elle a donc décidé de ne pas se fermer de portes. « Je pense avoir ma place dans le privé. Je suis quelqu’un de très exigeant, je me pose beaucoup de questions, je sais gérer des projets et un planning. Et puis une thèse, c’est quand même trois ans d’expérience professionnelle ! »

Des compétences encore méconnues

Khadija explique être un peu perdue dans le monde du travail : « le milieu académique n’a rien à voir avec le milieu industriel. Il faut s’y préparer, dès la dernière année du doctorat. » Les jeunes docteurs sont souvent confrontés à un décalage entre l’intitulé, les missions du poste et l’objet de leurs recherches. « Il y a un véritable fossé entre les deux mondes. On ne correspond jamais aux profils demandés. On ne sait pas comment présenter son doctorat et ses compétences », complète-t-elle.

Les jeunes docteurs savent pourtant qu’ils ont des qualités, et elles sont parfois reconnues par les employeurs. Chez BlablaCar, qui emploie quelques docteurs en langues ou en informatique, c’est « la capacité d’analyse, la curiosité, la profondeur sur tel ou tel sujet » qui est louée.

Selon l’enquête de l’Addoc, les compétences valorisées par les employeurs sont bien sûr les compétences scientifiques et techniques mais aussi les capacités cognitives (analyse, esprit critique), les capacités à gérer des problématiques complexes et la persévérance.

« Pendant trois ans, le thésard est son propre chef ! C’est une expérience unique », conclut Philippe Bergonzo, directeur de thèse au CEA. « Originalité, variété des parcours, créativité… Leur métier, c’est de gérer la page blanche ! » conclut Thomas Coudreau, directeur du collège des écoles doctorales de Sorbonne Paris Cité.

Malgré tous leurs atouts, encore 40 % des docteurs français partent travailler à l’étranger, selon l’enquête Adoc. »

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