Parfums Masculins : La Guerre des Sexes

« Au royaume des senteurs, hommes et femmes ne sont pas toujours sur la même longueur d’onde, ce qui génère parfois quelques malentendus olfactifs. Quels sont les nouveaux parfums qui sauront les séduire et nous mener par le bout du nez ? Enquête à fleur de peau.

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Un parfum pour les hommes qui aiment les femmes qui aiment les hommes. » C’était – au siècle dernier – la pub d’Azzaro Pour Homme, le hit des golden eighties. Et si les femmes n’aimaient pas les parfums qu’aiment les hommes ? À les entendre, elles sont pourtant intarissables sur « l’odeur de leur mec », l’after-shave de (grand-)papa, le sillage d’un amour enfui ou les jus qu’elles leur ont volés, d’Habit Rouge de Guerlain à Eau Sauvage de Dior, en passant par Égoïste de Chanel, Pour Un Homme de Caron, ou bien le dernier Terre d’Hermès, statistiquement le chéri de ces dames.

Mais quand on évoque certains block-busters qui trustent les cous et les podiums, les narines féminines se froncent. Alors qu’elles pillent leur vestiaire et leurs colognes, aucune n’encense les fameuses fougères que ces messieurs, eux, adorent. « N’oublions pas que nous sommes venus au parfum par le rasage », décrypte l’olfactologue Pierre Aulas. En fait, pas mal avouent n’avoir jamais pu initier leur douce moitié à l’art du sent-bon. « Trop peur de cocotter. » Combien de flacons à la mode achetés pour une fête dorment dans les placards ?

L’éternel masculin

Ce divorce olfactif n’étonne pas Thomas Fontaine, le parfumeur de la maison Patou, le premier couturier à avoir créé un parfum unisexe, en 1929, appelé Le Sien. « Nous ne sentons pas de la même façon, reconnaît-il, et, hormones obligent, l’odorat se révèle plus aiguisé et plus changeant du côté féminin. Plus téméraire aussi. En général, Ève se révèle plus sensible aux notes musquées, et Adam aux notes boisées, mais pas partout… En Orient, monsieur sent la rose et la fleur d’oranger, en Italie et en Espagne, les agrumes, aux États-Unis, la lessive, et au Japon… rien du tout.

« Le parfum, c’est de la mémoire, de la culture et de la sexualité », insiste notre expert. Une histoire de peau, aussi… Plus épaisse, plus chaude, plus acide (ils mangent plus de viande), elle transpire aussi davantage. C’est pourquoi le dihydromyrcénol, molécule testostéronée à l’odeur de propre, réagit très bien sur eux, alors que d’autres – tel l’indol, issu du jasmin – peuvent réveiller le fauve chez ceux qui fréquentent moins le savon. « Les hommes veulent de l’efficacité jusqu’au soir, confirme Emmanuelle Cartier chez Sephora, car dans la journée, ils ne se reparfument pas, contrairement à nous. »

Véronique Nyberg, parfumeuse chez Mane, qui a signé Invictus de Paco Rabanne, le grand vainqueur de l’année, assure composer de la même façon pour les deux sexes. « Les matières premières sont exactement les mêmes, mais dosées et travaillées différemment. Je crée avant tout avec ma sensibilité artistique et mon inconscient. »

La shopping list de la rentrée :

Drakkar Noir, le parfum que portait son père, aurait-il laissé des traces ? Reste que le brief marketing est toujours là pour rappeler aux nez les codes de la virilité qui, eux, suivent l’évolution de la société. La norme oscille toujours entre tradition et modernité. En ce moment, le monde n’inspire guère à la tendresse et au low profile. Après avoir beaucoup emprunté au territoire féminin, le mâle reprend du poil de la bête. La barbe pousse et le parfum cogne comme dans les années 1980. Le sillage aussi se fait vintage. « Value is money, comme toujours en période de crise, analyse Pierre Aulas.

« Il y a clairement deux écoles, remarque Frédéric Malle, qui lance Monsieur, un envoûtant patchouli overdosé : les parfums qui crient « je suis là » et ceux qui charment mezza voce, les grandes productions hollywoodiennes et les « indés », des créations plus personnelles et confidentielles où les genres sont moins marqués. » Les femmes déclarent préférer les seconds, mais offrent beaucoup les premiers.

Alpha-mâle et génération z

En attendant, pour ne pas trop bousculer les néomachos, les marques n’en finissent pas de revisiter les classiques. L’accord fougère aux accents de mousse à raser se réincarne de nouveau en boisé aromatique plus ou moins fusant, plus ou moins oriental, plus ou moins gourmand, plus ou moins épicé, plus ou moins oud. Ce qui a changé ? De nos jours, il y a toujours une petite caresse quelque part. Les femmes, Jean Paul Gaultier et Cinquante Nuances de Grey sont passés par là.

« Après la vague des versions sport et des colognes, les nouveautés de la rentrée la jouent en mode intense », confirme Isabelle Ferrand de la société Cinquième Sens. C’est le cas de La Nuit de L’Homme L’Intense d’Yves Saint Laurent ; Au Masculin de Lolita Lempicka ; Spice Bomb Extreme de Viktor & Rolf ; Chrome Intense d’Azzaro ; Velours Intense de Daniel Hechter… Tous ont accentué les notes de fond boisées, ambrées, cuirées ou tabac, mais n’oublient jamais la légère note florale, sucrée, voire aphrodisiaque comme le fruit maninka dans The Scent d’Hugo Boss, autre champion du chromosome Y.

Quant à la « fraîcheur internationale », qui longtemps fit le succès de Cool Water de Davidoff et d’Acqua di Giò de Giorgio Armani, elle coule de source mais actualisée avec de la bergamote, du pamplemousse, des épices froides et des aromates comme la baie rose, la cardamome, la sauge sclarée, le gingembre, la menthe. Pour les jeunes, on ajoute un peu de fruits aqueux, pomme, ananas, melon…

Héros pour éros senteurs

Invictus parle clairement d’homme viril et musclé qui sort de la douche, ce qui impressionne beaucoup les ados ayant besoin de s’affirmer, mais aujourd’hui le sportif, le héros, le séducteur, l’aventurier, le rebelle, le golden boy assume sa complexité, sa sensibilité, son authenticité, ose même l’humour comme 1 Million de Paco Rabanne ou L’Homme Idéal de Guerlain, gros succès du moment avec Bleu de Chanel et Terre d’Hermès. Enfin ça, c’était avant l’arrivée de Sauvage, né pour gagner.

Avec cette fougère diorisée, le parfumeur François Demachy avoue avoir surdosé toutes les notes archétypales du mâle, saupoudrées d’une infime pointe sucrée-grillée pop-corn très appétente pour la jeune génération.

Si l’on en croit une des vendeuses du Sephora Champs-Élysées, pour l’instant, ce sont surtout les femmes qui se précipitent pour flairer ce Sauvage au sang chaud. Même si de plus en plus d’hommes, surtout les jeunes, shoppent leurs flacons eux-mêmes, les filles restent l’élément moteur pour les plus de 35 ans. « Ils sont plus sensibles aux conseils, aux marques et… aux égéries », confirme Emmanuelle Cartier. Ce mois-ci, ils sont servis.

Pour soutenir les frappes aériennes des grandes maisons, c’est Star Wars en rayon. Après Simon Baker, le héros de Gentlemen Only de Givenchy, Gaspard Ulliel, le rebelle de Bleu de Chanel, Theo James, le tombeur de Boss The Scent d’Hugo Boss, impossible d’échapper à Johnny Depp, qui joue les cow-boys modernes pour Dior sous la direction de Mondino… Que des hommes qui plaisent aux femmes et font rêver les hommes ! « 

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Source:
Article de Marion Louis
http://madame.lefigaro.fr/beaute/parfums-la-guerre-des-sexes-280915-98565
Cet article n’engage que son auteur/ This article is the sole responsibility of the author

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