Teintures Végétales : 11 Plantes Annoncent la Couleur

« Profitez des congés de la Toussaint pour visiter, dans le cadre du Festival International des jardins de Chaumont (ouvert jusqu’au 1er novembre) une création paysagère particulièrement originale.
À la fois plantation et atelier d’artisan, le «Jardin du teinturier» conçu par les architectes Carine Balayn et Éric Sartre, avec Dorian Dietschy et Chloé Martin, met l’accent sur le pouvoir colorant de certaines plantes, qui furent depuis l’Antiquité et jusqu’à la révolution industrielle, la source principale des pigments utilisés par l’humanité pour teindre les tissus ou confectionner des peintures.
XVMdce1db46-66c2-11e5-9a21-23daa8ae8265-267x400Le «Jardin du teinturier» au Festival de Chaumont-sur-Loire, entre Blois et Tours.

Rubia tinctoria (la garance des teinturiers), Isatis tinctoria (la guède ou pastel), mais aussi Anthemis tinctoria, Asperula tinctoria, Alkanna tinctoria…: ces végétaux, dont le nom latin trahit la fonction, ont un passé haut en couleur.

Le bleu extrait du pastel (I. tinctoria), par exemple, que les peintres du XIIe siècle utilisaient pour représenter les vêtements de la Vierge Marie avant qu’il ne devienne la couleur officielle des armoiries des rois de France, toujours en hommage à la mère du Sauveur, fit la fortune de régions entières.

Pays de Cocagne

Cette plante, d’allure modeste, botaniquement proche du chou et de la moutarde, valut en effet au Lauragais, triangle de terre situé entre Toulouse, Carcassonne et Albi où elle était cultivée à grande échelle, d’être surnommé, au XVIe siècle, le «Pays de cocagne».
L’expression, synonyme aujourd’hui de richesse, provient du fait que les «coques» ou «coquagnes» issues de la transformation du pastel se vendaient à prix d’or. Trois siècles auparavant, la waide ou guède, l’autre nom du pastel était produite en Picardie. L’abondance, là aussi, était telle que c’est grâce aux dons des riches marchands qui en faisaient commerce que la cathédrale d’Amiens put être reconstruite après l’incendie de 1218.

Mais la fortune, comme la roue, tourne. À partir du XVIIe siècle, la culture dans les colonies du Nouveau Monde, de l’indigotier (Indigofera tinctoria), une plante d’origine indienne (comme son nom l’indique) dont les feuilles étaient bien plus chargées en principe colorant que le pastel, mis fin à l’âge d’or du Pays de cocagne.

Mais il n’y avait pas que le bleu.
Pour le jaune, la plante «de grand teint» (c’est-à-dire dont les pigments résistaient bien au lavage et à la lumière) favorite des teinturiers était la gaude (Reseda luteola). On trouve ses équivalents chez les populations précolombiennes d’Amérique centrale et du Sud: le cosmos sulfureux (Cosmos sulphureus) et les dahlias. Mais ces derniers, importés en Europe à la fin du XVIIIe siècle pour être mangés, à l’instar des pommes de terre, ne détrônèrent pas la gaude comme l’indigo le fit avec le pastel.

«Rouge garance»

Le «rouge garance» (Rubia tinctoria) fit lui aussi la prospérité de régions entières (Alsace, Vaucluse…). Le souvenir de cette plante dont les pigments écarlates étaient extraits de sa racine, évoque surtout les fantassins de la guerre de 1870, décimés par les Prussiens à cause de leur képi et de leur pantalon rouge vif, bien trop voyants. Mais, comme l’explique Élisabeth Dumont dans son livre Teindre avec les plantes, (Ulmer, 14€95), on ne pourra pas lui imputer la responsabilité des morts des premières batailles de 1914: à cette époque, le rouge d’alizarine des uniformes, produit industriellement, avait déjà remplacé la garance.

Si plupart des pigments utilisés aujourd’hui sont d’origine synthétique, les teintures naturelles ont gardé leurs lettres de noblesse grâce au travail de passionnés qui ont su les redécouvrir pour en faire une activité plaisante et à la portée de tous.

En compulsant l’herbier des plantes tinctoriales réalisé par Michel Garcia (De la garance au pastel, Edisud, 18€), on est surpris par la variété des plantes que s’y prêtent. Le témoignage d’un amoureux du pastel, Henri Lambert (disparu prématurément en 2010), qui avait remis au goût du jour l’extraction du célèbre pigment bleu conclut cet ouvrage passionnant. L’entreprise, le Bleu de Lectoure, qu’il a fondée a été récemment décorée par le label d’État «Entreprise du Patrimoine Vivant» pour l’excellence des savoir-faire français. Un bel hommage posthume.

Garance, pastel, indigo… :

Les plantes tinctoriales ont fait la fortune de régions entières avant que leurs pigments ne soient synthétisés industriellement. Venez les admirer au Festival international des jardins de Chaumont (Loir-et-Cher) qui leur consacre une exposition. »

XVMe424b8a4-6d0e-11e5-ae32-ed372150c408-805x453Les feuilles bleuâtres du pastel ( Isatis tinctoria) doivent subir deux étapes de fermentation avant de libérer leurs beaux pigments bleus et être transformées en «coques» ou «coquagnes». D’où le nom de «pays de cocagne», synonyme aujourd’hui de richesse, attribué à la région du Lauragais, au sud de Toulouse, dont la culture du pastel fit la fortune au XVIe siècle.

XVMda60183e-65d1-11e5-93dc-f09188a88bc7-805x453La garance des teinturiers ( Rubia tinctoria) dont on extrait de la racine un beau rouge vif fait partie des «teintures grand teint» ainsi nommées car elles offrent une très grande résistance au lavage et à la lumière

XVMf932fb5c-65ca-11e5-93dc-f09188a88bc7-805x453La gaude ( Reseda luteola) a longtemps été considérée comme la source de couleur jaune la plus «solide» en teinture. Aujourd’hui protégée, il vaut mieux la semer dans son jardin plutôt que de la cueillir si l’on veut profiter de ses longues tiges fleuries.

XVMa0a46cda-65cc-11e5-93dc-f09188a88bc7-805x453L’indigo des Indes ( Indigofera tinctoria) est une légumineuse dont on extrait des feuilles une belle teinte bleue. Originaire d’Orient, elle fut, dans un premier temps, rejetée en France car elle faisait une concurrence «déloyale» au pastel

XVM40161b52-6dab-11e5-9c6d-3bab5d949a39-805x453En plus de ses nombreux usages domestiques, la tanaisie ( Tanacetum vulgare) a longtemps servi à la production de belles teintes, du jaune au bronze.

XVMfe5950be-65ce-11e5-93dc-f09188a88bc7-805x453Les fleurs de dahlia contiennent de nombreux colorants jaunes. Ainsi, un bain de fleurs sèches bouillies dans l’eau pendant une heure suffit pour teindre un tissu préalablement traité avec de l’alun.

XVM47f66490-65d0-11e5-93dc-f09188a88bc7-805x453L’enveloppe des fruits du noyer ( Juglans regia L.), ou brou de noix, donne de très beaux bruns. Il figure avec la garance, le pastel et la gaude parmi les teintures «grand teint».

XVMa8844ff2-65d0-11e5-93dc-f09188a88bc7-805x453Importée d’Amérique du Nord, la phytolaque (Phytolacca decandra) est aujourd’hui considérée comme une plante invasive, mais ses baies macérées donnent de magnifiques colorations rouges et roses.

XVM32c6c64a-65d1-11e5-93dc-f09188a88bc7-805x453La carotte sauvage ( Daucus carota L.), facile à trouver et à repérer, colore les tissus d’un jaune très lumineux.

XVMe6083926-65d3-11e5-93dc-f09188a88bc7-805x453Les baies du nerprun purgatif ( Ramnus catharticus L.) servaient autrefois à produire le «vert de vessie» , bien connu des artistes. Ce nom provient de la vessie de bœuf dans laquelle le produit colorant était suspendu dans la cheminée pour le concentrer.

XVMa1490dac-65e6-11e5-93dc-f09188a88bc7-805x453Comme les pétales des dahlias, les pelures d’oignon ( Allium cepa) sont une source de colorants naturels, de teinte rousse, très facilement disponibles.


Source:
Article de Francesca Alongi
http://www.lefigaro.fr/jardin/2015/10/08/30008-20151008ARTFIG00147-teintures-vegetales-onze-plantes-annoncent-la-couleur.php

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