Biodiversité : l’Europe ne Devrait pas Atteindre ses Objectifs

« Un seul des six objectifs de la stratégie européenne pour la biodiversité est en mesure d’être atteint. L’exécutif enregistre au mieux des progrès éparses et trop lents. L’atteinte de l’objectif central est menacée et l’agriculture pointée du doigt.

25406_uneL’intensification agricole favoriserait la dégradation de la biodiversité en Europe

Même si quelques progrès ont été réalisés, l’examen à mi-parcours de la stratégie 2020 de l’Union européenne en faveur de la biodiversité montre que « les Etats membres doivent redoubler d’efforts pour respecter leurs engagements en matière de mise en œuvre », a annoncé la Commission européenne, le 2 octobre.

Il s’agit notamment, pour les Etats membres d' »aller encore beaucoup plus loin pour transformer, sur le terrain, les politiques de l’Union en mesures concrètes ». Les objectifs que s’est fixés l’Europe en terme de biodiversité, « ne pourront être atteints que si les efforts de mise en œuvre et de respect sont considérablement plus audacieux et ambitieux ».

Faute d’efforts supplémentaires, « la capacité de la nature à nettoyer l’air et l’eau, à polliniser les cultures et à limiter les conséquences de catastrophes telles que les inondations est mise à mal, et le prix à payer par la société et notre économie du fait de cette situation risque d’être élevé et inattendu », prévient l’exécutif européen.

Pour mémoire, la stratégie européenne, adoptée en 2011 vise « à enrayer la perte de biodiversité et à accélérer le passage de l’Union européenne à une économie verte et efficace dans l’utilisation des ressources », via, notamment, la restauration des écosystèmes. La Commission rappelle aussi que les précédents objectifs en terme de biodiversité n’ont pas été atteints en 2010, en l’absence de financement suffisant.

Appliquer les nouveaux outils de la PAC

Au registre des points les plus décevants, Bruxelles met en avant l’objectif central de la stratégie, c’est-à-dire l’arrêt de la dégradation des habitats et de leur restauration, le constat est sans appel.

« Il n’y a pas eu d’avancée globale significative », tout au plus « des tendances locales positives », explique la Commission. En conséquence, « 70% des espèces européennes sont menacées par la perte d’habitat ». Parmi les rares points positifs, l’exécutif européen retient une hausse du nombre d’espèces et d’habitats d’importance européenne dont la conservation a été sécurisée et améliorée.

De même, les populations de certains oiseaux communs « semblent se stabiliser », alors que les populations d’oiseaux dépendant de ressources en eau fragiles, ou des écosystèmes côtiers et agricoles, continuent à décliner. Mais le bilan global est bel et bien négatif : « Les menaces les plus importantes pour la biodiversité – la destruction des habitats (en particulier au travers de l’étalement urbain, de l’intensification agricole, de l’abandon de terres et de la gestion intensive des forêts), la pollution, la surexploitation (en particulier s’agissant des réserves halieutiques), les espèces invasives et les changements climatiques – continuent à exercer une pression ».

Le constat est similaire concernant la contribution de l’agriculture en terme de maintien de la biodiversité (objectif 3A). Aucune avancée significative n’a été enregistrée depuis 2011 et seuls des exemples locaux prouvent l’efficacité des pratiques agricoles durables. « Des efforts plus importants doivent être consentis », explique la Commission, soulignant le rôle que doivent tenir les nouveaux outils proposés dans le cadre de la réforme de la politique agricole commune (PAC) pour 2014-2020. Pas plus de progrès non plus, concernant la mise en place d’instruments de gestion durable des forêts (objectif 3B).

Espèces invasives : un première étape en passe d’être validée

La situation est légèrement meilleure pour une série de mesures qui enregistrent « des progrès vers l’objectif, mais à un rythme insuffisant ».

Il s’agit de l’arrêt de la détérioration de l’état des espèces et habitats couverts par la législation de l’UE relative à la nature (objectif 1), du rétablissement d’au moins 15% des écosystèmes dégradés et de la préservation et de l’amélioration des écosystèmes et de leurs services grâce aux trames vertes (objectif 2), de l’atteinte du « rendement maximal durable » (RMD) pour la pêche d’ici à 2015 (objectif 4) et de l’intensification de la contribution européenne à la lutte contre la perte de biodiversité au niveau mondial.

Seule les actions contre les espèces invasives (objectif 5) affichent une évaluation satisfaisante à mi-parcours, avec une objectif en passe d’être atteint si l’effort est maintenu jusqu’en 2020. « Le travail est en cours afin de proposer la première liste des espèces invasives d’importance pour l’Union », rapporte la Commission, ajoutant que « si cette liste est adoptée d’ici la fin 2015, on peut considérer que l’UE est sur les rails par rapport aux actions envisagées ». Il convient cependant de noter qu’il ne s’agit là que de la première étape de l’objectif.

En effet, la stratégie prévoit qu’après avoir répertorié les espèces invasives et leurs voies d’accès, « les principales espèces seront endiguées ou éradiquées et les voies d’accès seront contrôlées pour éviter l’introduction et l’installation de nouvelles espèces ». D’ailleurs, la Commission souligne que ce second point de l’objectif constitue réellement l’étape critique en vue de l’atteinte de l’objectif. Elle relativise les efforts consentis en rappelant que, pour l’instant, seuls sept Etats membres ont ratifié la convention sur les eaux de ballast« .


Source :
Article de Philippe Collet
http://www.actu-environnement.com/ae/news/biodiversite-strategie-europeenne-objectifs-menace-agriculture-25406.php4

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