Le Typha : Une Plante Invasive Transformée en Source d’Energie en Afrique

« Considérée comme une plante nuisible pour les écosystèmes des zones humides, le Typha, plante aquatique similaire au roseau, se répand depuis plusieurs années en Mauritanie et au Sénégal, entravant l’exploitation des eaux du fleuve éponyme. Un véritable fléau que l’organisation non gouvernementale GRET tente de mettre à profit via sa transformation en source d’énergie. Un projet récompensé à Paris le mercredi 9 septembre dernier par le Prix Convergence pour son fort impact social et environnemental.

Roselière sur la rive droite au barrage de l'Escale.

Le Typha, un fléau pour les populations locales

C’est en Afrique de l’Ouest, sur les rives du fleuves Sénégal, que le Typha australis se développe à un rythme effréné depuis les années 1980 et la mise en service du barrage anti-sel de Diama, à 27 km de l’embouchure du fleuve. Cet ouvrage avait pour but d’empêcher l’eau de mer de pénétrer profondément dans les terres, ce qui représentait un obstacle à l’agriculture.
Mais le remplacement de l’eau saumâtre par de l’eau douce a engendré la prolifération de cette plante aquatique invasive, empêchant la pousse d’autres plantes et favorisant la stagnation des plants d’eau et le retour de moustiques et de parasites.
Recouvrant désormais plus de 130 km en amont de l’embouchure du fleuve côté mauritanien, le typha est aussi un véritable frein à l’activité économique de la région. En effet, il cause la réduction des zones de production agricoles et piscicoles et l’obstruction des couloirs de navigation et des canaux d’irrigation.
Une situation intenable pour les populations locales qui faute de pouvoir s’en débarrasser, pourraient désormais mettre cette immense réserve biomasse à profit. En effet, comme l’explique au Monde Julien Cerqueira, expert énergie au GRET, “côté Mauritanie, ce sont 25.000 hectares qui sont ainsi envahis par le Typha. On aura beau dépenser des millions d’euros pour le couper, l’arracher, le brûler, il n’existe aucune méthode vraiment efficace pour se débarrasser de cette plante qui repousse sans cesse. Faute de pouvoir l’éradiquer, nous avons ainsi cherché à la valoriser“.

Transformer le Typha en bio-charbon

Dans ce cadre, l’ONG Gret, regroupant des professionnels du développement solidaire, a mis en place en 2011 en collaboration avec l’institut de recherche Iset de Rosso et le parc national du Diawling, en Mauritanie, un projet de valorisation du Typha en charbon afin de réduire l’utilisation du charbon de bois. Les ménages mauritaniens urbains les plus pauvres consomment beaucoup de charbon de bois et accentuent de ce fait la déforestation dans la région et l’émission de gaz à effet de serre.
Ce projet, financé par la communauté européenne, a ainsi permis de concevoir en l’espace de quelques années une méthode de conversion de cette biomasse en bio-charbon comme nouvelle alternative énergétique. Et les résultats sont aujourd’hui très encourageants.
“En offrant une alternative au charbon de bois, la transformation du Typha en une ressource énergétique renouvelable permet de lutter contre la déforestation”, souligne Julien Cerqueira. “Si toute production et consommation de charbon émettent du carbone dans l’atmosphère, le CO2 émis par le charbon de Typha est recapté par le Typha qui repousse très vite, à la différence du charbon de bois qui émet des gaz non réassimilés par l’environnement et conduit à la déforestation. Une tonne de charbon de Typha permet ainsi d’économiser 7 tonnes de CO2, par rapport à du charbon de bois“, ajoute Samassa Nalla, représentant du GRET en Mauritanie.
L’exploitation de cette plante permet également le retour de la biodiversité sur les rives du fleuve, l’ouverture de nouveaux espaces de pêche, et répond en parallèle, à un tarif plus abordable que le charbon de bois, aux besoins énergétiques des populations locales. Les usines artisanales de traitement et de conversion du Typha dynamisent quant à elles l’activité économique de la région et apportent un revenu complémentaire à plus de 500 personnes dont 85% de femmes.

Un isolant plus économe en énergie

Mais outre le développement de ce bio-charbon, l’exploitation énergétique du Typha pourrait également être mis à profit pour augmenter l’efficacité énergétique des bâtiments. En effet, confronté à un problème similaire, le gouvernement sénégalais a quant à lui choisi d’utiliser cette ressource abondante comme matériel d’isolation.
Chargé de ce dossier, le Centre International de la construction en terre (CRAterre), basé à Grenoble, tente de mettre au point des matériaux de construction utilisant la terre crue et une fibre végétale issue de la plante Typha australis.
Comme l’explique Lalaina Rakotomalala, chercheur à CRAterre, “les feuilles de Typha possèdent de bonnes propriétés isolantes, mais aussi de régulation hygrothermique. Avec de telles propriétés, les résultats, en termes d’amélioration de confort thermique, notamment pour limiter les utilisations de climatiseurs, ne pourront qu’être très satisfaisants, comparativement à la situation actuelle où les constructions et les matériaux utilisés sont généralement peu efficaces énergétiquement“.
Intégré dans le cadre des objectifs de réduction des émissions de CO2 du pays, ce projet devrait permettre à terme d’optimiser l’efficacité énergétique dans les techniques de construction rurales et urbaines en Afrique. »


Sources :
https://www.lenergieenquestions.fr/le-typha-une-plante-invasive-transformee-en-source-denergie-en-afrique/

En Mauritanie, une plante nuisible devient source d’énergie : http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/09/09/en-mauritanie-une-plante-nuisible-devient-source-d-energie_4750054_3244.html#KcIJVfjxE4cflxiT.99
Construire avec le Typha pour consommer moins d’énergie: http://www.scidev.net/afrique-sub-saharienne/energie/actualites/construire-typha-reduire-consommation-energie.html

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